Adoration des bergers ou des mages par Simone Cantarini

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Simone Cantarini

Pesaro, 1612 – Vérone, 1648

Adoration des bergers ou des mages ?

Sanguine sur papier

151 x 110 mm

Cachet d’Auguste Grahl (Lugt 1199) en bas à droite

Contrecollé sur un montage avec deux traits de plume

Au verso du montage, en haut, à la plume et encre noire, signé Simon Cantarini D:/ da Pesaro. En dessous, au crayon d’une écriture récente : Adoration of the Magi/ Grahl Coll et en bas à gauche, numéroté 583.

 

Simone Cantarini, dit « il Pesarese »  ou « Simone da Pesaro », est un peintre et graveur italien de l’époque baroque. Formé d’abord dans sa ville natale, il se rend à Bologne où il intègre l’atelier de Guido Reni, dont l’influence marque durablement son style empreint de grâce classique. Ses relations avec son maître se dégradent cependant, et Cantarini quitte l’atelier à la suite de désaccords artistiques et personnels. Il développe alors une manière personnelle, nourrie par l’étude de Raphaël et du Corrège, caractérisée par l’élégance des figures, et la douceur du modelé et une sensibilité coloriste raffinée. Peintre religieux réputé, il exécute également des portraits et se distingue comme l’un des grands graveurs à l’eau-forte de son temps. Dessinateur prolifique, il laisse un important corpus de feuilles à la sanguine, souvent liées à ses compositions religieuses. Appelé à la cour des Farnèse à Mantoue en 1648 pour réaliser un portrait du duc, il y meurt subitement la même année, dans des circonstances qui alimentèrent la rumeur d’un empoisonnement. Son œuvre, bien que brève, exerça une influence notable sur la peinture émilienne du XVIIe siècle.

Notre dessin représente, au centre, la Vierge assise, drapée dans un ample vêtement, tenant contre elle l’Enfant Jésus, entourée de plusieurs personnages. Au fond à droite semble esquissée la figure de saint Joseph, tandis que les personnages situés à gauche – dont celui agenouillé au premier plan – pourraient évoquer les bergers venus adorer le Nouveau-Né, ou bien les rois mages, comme le suggère l’annotation portée au verso du montage de la feuille : Adoration of the Magi. Cette feuille fait partie du riche corpus de dessins de Saintes Familles et de Vierges à l’Enfant que l’artiste a réalisés, notamment après son séjour à Rome où l’inspiration de Raphaël se fait sentir dans la douceur des physionomies et la grâce des attitudes.

L’artiste délimite la scène d’un ou deux traits de sanguine tracés à main levée, suggérant le cadre dans lequel sa composition se développe, une pratique que l’on retrouve dans plusieurs de ses feuilles de recherche, où le contour de la future composition est ainsi posé, que ce soit avant même que les figures ne soient disposées (exemples : cf. La Sainte Vierge et saint Joseph regardant l’Enfant, Paris, musée du Louvre, inv. 7076 et Saint agenouillé devant la Vierge et l’enfant Jésus sur des nuages, Londres, British Museum, inv. T,13.16) ou une fois l’esquisse achevée (cf. Etudes pour La Vierge à l’enfant avec saint Jean-Baptiste et autres motifs, Milan, musée Brera, inv. 501 et Etude pour une allégorie de la Charité et deux études de putti, Milan, musée Brera, inv. 453)

Le dessin exploite pleinement les qualités de la sanguine : traits fermes et nerveux pour les contours, hachures parallèles pour les ombres, zones de frottis pour suggérer le modelé des drapés. Ce jeu de valeurs, allant du trait appuyé au ton estompé, est typique de la manière de cet artiste. Cantarini campe rapidement le décor, avec au fond à droite une colonne et, à gauche, un fragment d’architecture. Les personnages en arrière-plan sont traités de façon elliptique, presque en notation rapide, tandis que le groupe central bénéficie d’un traitement plus abouti, procédé fréquent chez l’artiste qui hiérarchise ainsi les éléments de sa composition dès l’étape du dessin préparatoire.

Le traitement du drapé de la Vierge, avec ses plis brisés et ses lignes qui s’enchevêtrent en bas de la composition, témoigne de l’héritage de Guido Reni, tout en conservant une vivacité de trait propre à l’artiste. Par les multiples reprises de contours, visibles notamment autour des têtes et des mains), Simone Cantarini cherche la position de l’enfant dans les bras de sa mère  – recherche que l’on retrouve dans un dessin comparable de la Pinacothèque de Brera à Milan (fig. 1, inv. 99)[1] ou dans d’autres esquisses telles que La Sainte Famille, saint Jean-Baptiste avec deux femmes[2], Sacramento, Crocker Art Museum, inv. 1871.348.

 

 

 

 

 

[1] Andrea Emiliani, Anna Maria Ambrosini Massari et Rafaelle Morselli, Simone Cantarini nelle Marche, Venezia, Marsilio, 1997, n° 94, p. 236-2367. Au verso de ce dessin se trouve La Madonna della pappa, une étude de la Vierge donnant à manger à l’Enfant Jésus.

[2] Marina Cellini, “Disegni di Simon da Pesaro”, L’Album Horne, Cinisello Balsamo, Silvana Editoriale, 1996, p. 22-23, fig. 3.

 

Constat d’état : Très bon état.